Productions végétales

 Nouvelles dérogations Carpocapse des prunes : 
Quelle statégie en 2023 ?

La pression en carpocapse a été record l’année dernière en prune suite à un printemps très favorable. L’inoculum s’annonce donc fort en 2023, alors que les solutions de lutte homologuées se raréfient. Mais les toutes récentes dérogations amènent à rebattre les cartes par rapport aux préconisations automnales

La confusion sexuelle en priorité
La confusion sexuelle est homologuée en prunier et efficace à la fois contre le carpocapse et la tordeuse orientale. Elle doit rester la base de la stratégie de lutte. Il est parfois difficile de se rendre compte de sa réelle efficacité sur les exploitations quand la confusion est mise en place depuis longtemps. Les années à faible pression, on se dit qu’on aurait pu s’en passer. Et les années à forte pression, on se dit qu’elle n’a servi à rien parce qu’on a quand même des dégâts. Mais en réalité, l’efficacité de la confusion en prunier est certaine. Elle est en effet partielle, et nécessite d’être complétée par d’autres méthodes de lutte. Mais les vergers sans confusion sont attaqués par le carpocapse de façon plus régulière et plus intense à protection égale que les vergers confusés. L’efficacité de la confusion est meilleure quand elle est posée sur des vergers à faible pression, d’où l’importance de continuer à la mettre en place chaque année, même en cas de faible récolte ou faible pression, pour garder de bas niveaux d’inoculum. Ces bas niveaux de populations permettent aussi de limiter l’apparition de résistances aux produits chimiques et de prolonger leurs durées de vie. L’efficacité de la confusion sexuelle est par ailleurs meilleure sur de grandes surfaces (recommandation mini 1ha). Mais cela ne veut pas dire qu’il n’est pas intéressant de couvrir des parcelles de surface inférieure. Si l’efficacité décroit sur de plus petites parcelles, elle n’est pas nulle pour autant. Enfin, l’objectif de la confusion étant d’empêcher l’accouplement des papillons, celle-ci doit être posée juste avant le début du vol, soit avant le 1er avril en règle générale (suivre les captures sur le BSV) pour le carpocapse. Mais comme en prunier japonais, elle est aussi efficace sur la tordeuse orientale du pêcher (TOP), l’idéal est de la mettre en place pour le début de vol TOP, soit autour du 20 mars.

De récentes dérogations en lutte chimique
Face aux forts dégâts de lépidoptères dans tout le sud de la France l’année dernière, la profession a défendu fortement la nécessité de dérogations (ou Autorisation de Mise en Marché pour 120 jours) pour la saison 2023. La réponse à ces demandes est arrivée début avril avec la signature d’AMM 120 jours pour le CORAGEN et pour l’AFFIRM sur prunier dans les conditions d’utilisation suivantes :

Les stratégies de lutte possibles sur la saison 2023 se trouvent donc modifiées en PFI. En l’absence de dérogations, la stratégie la plus répandue aurait été de prévoir un insecticide chimique sur la G1 (DELEGATE étant le seul spécifique disponible), et de compléter en G2 et G3 avec des virus de la granulose, et ceci en plus bien sûr de la confusion sexuelle qui reste un pilier de la protection. Le CORAGEN et l’AFFIRM obtenus en dérogation présentent une meilleure efficacité, une meilleure rémanence et un meilleur profil eco-toxicologique que le DELEGATE. Le CORAGEN viendra donc se substituer à lui sur la première génération (du fait entre autre de son DAR plus long que l’AFFIRM), qui est la plus importante à protéger. Il ne sera alors pas nécessaire de compléter cette intervention sur la G1 (hormis cas particulier de lessivage). La G2 pourra alors être couverte avec l’AFFIRM ou avec des virus de la granulose en parcelles confusées si la pression en fin de G1 est faible. Les virus de la granulose sont en effet des produits biocontrôle et ont un profil beaucoup plus clément sur les auxiliaires, mais ils sont aussi moins rémanents. Pour finir la G3 pourra être gérée avec des virus (en alternant les souches : voir plus loin) ou avec des pyrethrinoides. En AB, la stratégie de lutte est inchangée. Elle repose essentiellement sur la confusion et les virus de la granulose, avec une alternance de souche (voir plus loin).

Marie Dordolo, Chambre d'agriculture 82

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 Halte aux oiseaux : des leviers à combiner

Les dégâts d’oiseaux à la levée sont une préoccupation majeure pour les producteurs de tournesol. Aucune solution miracle n’existe à ce jour, par contre plusieurs leviers ont été identifiés et leur mise en œuvre combinée permettra d’atténuer les dégâts. Voici une synthèse des stratégies testées ou en étude par terres Inovia.

Une période critique de 2 semaines à partir de l’émergence face aux colombidés, et dès le semis pour les corvidés
Corneilles ou corbeaux freux, peuvent causer des dégâts dès le semis, en s’attaquant aux graines. Les pigeons ramiers et pigeons de ville quant à eux vont plutôt consommer les cotylédons, et sont les plus fréquents dans le Sud-Ouest. La fenêtre de sensibilité des plantules de tournesol aux dégâts de pigeon ramier dure environ 2 semaines de l’émergence à la première paire de feuilles. Les lésions des cotylédons (consommation partielle, à gauche sur la photo) ne sont pas préjudiciables pour la culture contrairement aux dégâts sur apex tige (apex sectionné, à droite sur la photo), l’observation du type de dégât est donc indispensable avant de prendre une éventuelle décision de re-semis.

Les leviers à mettre en œuvre

Ingrid Barrier Chambre d'agriculture 82

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 Maïs semence : Une campagne 2022 éprouvante  
et des incertitudes pour 2023

 

Les producteurs de semences de maïs du Quercy et leurs partenaires étaient réunis à l’occasion de l’assemblée générale du SPSMQ le 29 mars à Négrepelisse, sous la présidence d’Alain Durade et en présence de Benoît Laborde, président de l’AGPM maïs semences. Retour sur une année 2022 de rupture, révélatrice des interrogations qui pèsent sur 2023. « L’an dernier, j’étais heureux de vous annoncer une année exceptionnelle à 112% des objectifs techniques et un produit moyen à 5 400 euros/ha. Je vous souhaitais une campagne 2022 bien arrosée, bien ensoleillée et des résultats à la hauteur de vos investissements. J’étais loin d’imaginer ce qui nous attendait : le dérèglement et l’envol du cours des céréales, la hausse des coûts des charges, des conditions de travail dantesques, un épuisement total et une rémunération globalement déconnectée des besoins de nos exploitations. Comme toujours, vous vous êtes investis totalement et malgré cela les résultats ne sont pas au rendez-vous ; un même réseau qui passe de 112% des objectifs à 65%, du jamais vu pour notre syndicat. »

2021/2022 : le grand écart
En quelques phrases, les premières de son rapport moral, le président Alain Durade a résumé l’année 2022, et mis en évidence « le grand écart » avec 2021 qui fait d’ailleurs la une du rapport remis aux participants : 112% et 42 qtx versus 65% et 25 qtx « plus faible qu’en 2003 ! » Le rapport technique et économique du SPSMQ, présenté en amont par le technicien du Syndicat Didier Alcouffe avait donné les éléments : « Ce n’est pas le meilleur qu’on ait connu ! » Après avoir donné les éléments techniques (lire encadré), il en venait au contexte climatique « pire que 2003 » avec notamment trois vagues de canicule avec des pointes supérieures à 35°C lors de phases sensibles du cycle du maïs et une attaque d’acariens « jamais vue ». Le résultat est sans appel : « Environ 1/3 des surfaces n’ont pas atteint 50% de l’objectif technique et seulement 1/3 est au-delà de 75% ». Le Tarn-et-Garonne, avec ses 212 producteurs pour 4 675 ha se situe à 63% du rendement objectif, seule la vallée du Tarn fait exception en atteignant 90%. Le produit brut estimé base fertile se situe à 4 915 euros, résultant de l’accord de prix et de l’intervention des caisses de risques ainsi que des établissements. La production totale est de 136 629 qx, le rendement moyen de 25 qx, en baisse de 41 % par rapport à l’année 2021. Le prix moyen d’achat par quintal s’établit à 184,88 euros. Des résultats commentés par Alain Durade : « Les échanges avec nos différents partenaires ont été nombreux et des gestes ont été faits vers le réseau et nous les en remercions. Ces gestes étaient indispensables pour la pérennité de la production. Avec l’ensemble des leviers existants, nous finissons à 96% des objectifs économiques. » Le président du SPSMQ a une nouvelle fois incité les producteurs à s’assurer : « Il y a encore 2 000 ha non assurés, c’est quand même dommage ! ». Une exhortation également reprise par le président national Benoît Laborde : « Assurez-vous, c’est moins de stress ! ». Ce dernier est revenu sur le contexte européen et national de la campagne 2022, marquée par la guerre entre la Russie et l’Ukraine et des conditions climatiques extrêmes. Dans l’Union européenne, 177 000 ha ont été multipliés, une surface en recul de 5 points. En France, la surface de multiplication est restée quasiment stable avec 84 500 ha, alors que les autres pays (à l’exception de l’Allemagne et de l’Italie) ont connu une diminution, notamment la Roumanie et la Hongrie. La France, avec 48% des surfaces implantées, conforte sa position stratégique pour les semenciers. Sécheresse et températures exceptionnellement élevées ont impacté les rendements et conduit à un résultat technique de 70%, historiquement bas. La situation est identique dans le reste de l’Europe. Les stocks sont au plus bas et les perspectives de production pour 2023 « mériteraient d’augmenter les surfaces de multiplication » Toutefois, face à l’explosion des coûts de production, aux fortes incertitudes sur l’accès à l’eau et « après une année 2022 très stressante, le réseau français s’interroge » et l’on s’oriente vers une baisse des programmes de multiplication en France comme dans l’UE. Et d’annoncer « une perte potentielle de 11 à 15% des surfaces ». Avant de conclure : « Le réseau français ne produira pas tout, mais tout ce qu’il peut ! ».

L’eau, LE sujet 2023
Localement, les producteurs rencontrent ces mêmes préoccupations. Alain Durade a rappelé l’explosion des prix de l’énergie, de l’électricité en particulier, qui aura un impact fort sur les coûts d’irrigation. Mais surtout, « En 2023, le sujet sera l’eau, nous le savons déjà. » Didier Alcouffe a dressé un état des lieux précis de la situation des cours d’eau et réserves. « Nous allons emblaver cette année avec encore plus d’incertitudes que l’année dernière. Si nous sommes dans cette situation, c’est parce que nous n’avons pas suffisamment de capacité de stockage alors même que nous voyons passer beaucoup d’eau. Nous sommes des chefs d’entreprise et nous ne pouvons pas tout mise sur d’hypothétiques orages durant la campagne à venir, nous devons donc raisonner nos as-solements plus que jamais. » Pour conclure, dans le sillon du président national : « 2023 sera sans doute l’année où tous les contrats ne trouveront pas preneur sur notre zone,… encore du jamais vu. »

DF