Productions végétales

Publié le 3 mai 2024

CEFEL : des projets pour répondre au mieux aux besoins de la filière

Le CEFEL, Centre d’Expérimentation Fruits et Légumes, a tenu son assemblée générale le 24 avril dans ses locaux de Montauban, sous la présidence d’Yvon Sarraute. Retour sur une année 2023 contrariées par les aléas climatiques mais riche d’initiatives et d’expérimentations (lire encadré) ainsi que de réflexions prospectives qui ont été présentées aux adhérents et partenaires. A l’instar de l’ensemble des producteurs, le CEFEL n’a pas été épargné par le climat de l’année 2023, en particulier par la tempête du 20 juin qui a frappé son site de Moissac, malmenant ses productions et certains de ses essais, infligeant des pertes financières à la SICA. Elles ont toutefois été contenues grâce à la maîtrise des dépenses dans un contexte inflationniste et à des recettes supérieures aux prévisions. Les investissements ont été réalisés conformément au programme prévu. L’année 2023 a aussi été marquée par l’organisation sur le site de Montauban de la Journée Pomme, événement professionnel national porté par l’ANPP qui a rassemblé près de 400 pommiculteurs venus rencontrer les exposants et profiter du dense et instructif programme de démonstrations et conférences. D’ores et déjà, le CEFEL, par la voix de sa directrice, Marie-Eve Biargues, a exprimé son souhait de renouveler l’opération en 2025. Pour 2024, les investissements sont liés d’une part aux plantations de pommiers et de vigne et d’autre part au projet du Groupe Opéra-tionnel du Partenariat Européen pour l’Innovation (GO PEI) déposé auprès de la Région Occitanie avec différents partenaires, dont la Chambre d’agriculture 82, concernant l’irrigation et la gestion de l’eau. Dans ce cadre, le CEFEL qui travaillerait sur pommier et prunier, prévoit l’achat de sondes tensiométriques.

Garder le leadership sur la conservation
Par ailleurs, le CEFEL, dernière et seule station régionale d’expérimentation à être spécialisée sur la conservation, travaille sur un projet de renouvellement de ses équipements frigorifiques, dont l’installation initiale date des années 80. Il s’agit à la fois de faire une extension et de réhabiliter l’existant. Au terme des travaux, la station disposerait d’un équipement dimensionné aux besoins de l’expérimentation, a commenté Sébastien Ballion, directeur adjoint du CEFEL, énumérant six cellules en atmosphère contrôlée, pour certaines en froid négatif pour la poire et l’ail, et ozone ; sept cellules en froid normal dont trois pouvant comporter vingt-huit caissons et une permettant de réaliser de la maturation et enfin une cellule shelf life. Pour l’heure, les démarches techniques et administratives se poursuivent. Le démarrage des travaux est prévu pour la fin de l’année cette année ou le début 2025. Les expérimentations se poursuivront durant les travaux. 

L’expérimentation au CEFEL en 2023

Bilan par thème : -Protection des cultures : 27 essais ; 105 modalités testées -Matériel végétal : 12 essais ; 125 variétés évaluées -Qualité/conservation des fruits : 12 essais ; 61 modalités expérimentées -Conduite et maîtrise de la charge : 14 essais ; 48 modalités testées Aperçu des expérimentations avec des brèves présentées par l’équipe technique qui compte Françoise Leix-Henry, Vincent Vallejo, Camille Cas-tebrunet, Ghislaine Monteils, Pascale Westercamp (CTIFL), Jean-François Saint-Hilary, Camille Marzorato et Malick Sowet.
Ail : Un essai a été mené sur la pourriture blanche, « un usage toujours mal pourvu » ; il sera reconduit en 2024.
Pomme : Dans le cadre du plan d’urgence phytosanitaire, cofinancé par Interfel et l’Etat, d’évaluation de stratégies de lutte alternatives aux produits pouvant être sujets à des réductions d’usage ou à des retraits à court ou moyen terme, le CEFEL a travaillé sur la tavelure, avec des essais qui s’appuient sur une combinaison de différents leviers. Et également sur le puceron avec l’évaluation de la stratégie de lutte automnale contre le puceron cendré afin de réduire le nombre d’IFT au printemps. Par ailleurs, des traitements au vergers avant récolte et après récolte sont testés dans le cadre du « combat permanent contre le phytophthora ». Un focus sur l’ozone, produit antibactérien et antifongique, par ailleurs peu rémanent et peu traçant, dans lequel la filière place de nombreux espoirs a été fait. Mais il est encore non autorisé en en Europe sur fruits et légumes frais. Le CEFEL a mis en place des essais portant sur la taille mécanique sur 6 variétés. Les premières tendances mettent en avant que, globalement, les arbres ont dans ce cas une charge supérieure à ceux ayant été taillés manuellement. En outre, un nouvel essai a été initié sur la conduite sur la variété Rosyglow avec trois modes : axe, bi-axe et multi-leader.
Melon : Un essai sur la lutte contre l’oïdium en melon AB a été présenté. L’oïdium a été très présent sur la campagne 2023, avec des impacts sur le rendement commercial et sur la qualité des fruits avec des pertes sur le taux de sucre. Les travaux seront poursuivis en 2024 sur la modulation de la dose de soufre. Le CEFEL teste également la sensibilité variétale à l’oïdium dans le cadre d’une expérimentation financée par FranceAgrimer.
Prune : Des essais en lien avec la lutte contre la rouille ont été exposés. En ce qui concerne la conservation des prunes américano-japonaises, un essai visant à évaluer la relation entre la teneur en matière sèche des fruits et leur évolution en conservation a été mené. Il a permis d’observer un meilleur comportement des fruits à matière sèche élevée.
Cerise : Un essai financé par la Région Occitanie et l’Agence de l’eau Adour-Garonne est mené sur les stratégies de lutte contre Drosophyla suzukii dans l’objectif d’évaluer l’intégration du Decis Tap DS. Des résultats intéressants ont été obtenus mais restent à confirmer. L’essai est reconduit cette année.
Raisin de table : Un essai a été conduit sur l’utilisation des Gibbérellines, hormones végétales utilisées pour augmenter le calibre des baies sur la variété Timpson. Il se poursuivra en 2024 sur un panel de variétés plus important.
D.F.

Publié le 3 mai 2024

Viticulture : coup de froid sur le Tarn-et-Garonne

Entre le vendredi 19 avril et le mercredi 24 avril, les vignes ont subi plusieurs matinées de gel. Les vignobles du Brulhois, de Fronton, de Lavilledieu et du Quercy ont été impactés de façon plus ou moins forte. Les secteurs les plus touchés sont Fronton et le Quercy. Il est encore trop tôt pour estimer les dégâts. Néanmoins, nous les évaluons de 20 à 100 % pour les parcelles affectées sur ces deux vignobles. Si vous avez été impactés par ce gel, il est important de le faire savoir aux collectivités. Pour ce faire, un formulaire « enquête intempérie » sera disponible dans votre Mairie ou à télécharger sur le site internet de la chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne dans la rubrique intempéries (bas de la page d’accueil).

Préconisations
Après avoir subi un gel comme celui de ces derniers jours, nous vous conseillons dans un premier temps de vous armer de patience et d’attendre une quinzaine de jour afin de voir ce qui n’a pas été gelé et ce qui va repousser. A l’heure actuelle, il est encore trop tôt pour réagir car vous pourriez causer encore davantage de dégâts dans vos parcelles. Ainsi, il ne faut pas retirer les parties grillées, tailler ou fertiliser. Dans un second temps, lorsque les contre-bourgeons ou les bourgeons axillaires auront pris le relais, en fonction de l’intensité du gel sur la parcelle, un ébourgeonnage pourra être réalisé afin de structurer le pied de vigne et gagner du temps sur la taille hivernale. Si il y a moins de 40% de perte due au gel, l’ébourgeonnage pourra être fait de manière habituelle. Cependant, si les dégâts sont plus élevés il est nécessaire de bien penser l’ébourgeonnage afin d’assurer du bois pour la taille hivernale. Pour la protection phytosanitaire, si les parcelles sont touchées à moins de 60 %, les traitements devront être réfléchis en fonction du stade phénologique des pousses restantes. De plus, si la vigne est un peu faible, un complément en engrais foliaire peut être envisagé. Pour les parcelles fortement touchées (pas de récolte cette année), il faudra tout de même protéger le feuillage afin d’assurer une bonne mise en réserve de la vigne. Il faudra attendre les Saints de Glace (mi-mai) pour être sûr de ne plus avoir de risque de gel. Afin de limiter les risques de gel, il faut assurer un couvert bas et ne pas tondre ou travailler les sols à l’annonce de températures négatives. Dans les années à venir nous serons de plus en plus confrontés à des hivers doux et des débourrements précoces de la vigne. Aussi, l’utilisation de systèmes de lutte contre le gel pourrait être envisagée.

Benoît Rannou Conseiller en viticulture Chambre d’agriculture 82 -81

Publié le 19 avril 2024

Pommes : éclaircissage en 2024

Depuis quelques années, nos vergers ont tendance à alterner d’avantage. Et des variétés comme Gala et Golden se comportent parfois un peu comme Fuji, avec de fortes alternances à l’arbre. Comment raisonner l’éclaircissage en fonction des situations ? Retour sur quelques fondamentaux avant de voir nos recommandations pour 2024. La saison 2024 démarre sur les chapeaux de roues, avec des floraisons très précoces. Les parcelles de Pink ont fleuri pendant le weekend end de Pâques (31 mars) et les autres variétés leur ont emboité le pas dans la semaine suivante (entre le 3 et le 6 avril) avec de très bonnes conditions climatiques. Nous arrivons donc relativement tôt à cette période cruciale pour la suite de la saison qu’est celle de « l’éclaircissage chimique » sur petits fruits…et pour certains, notamment en agriculture biologique (mais pas que) les hostilités ont démarré dès la fin mars avec les éclaircissages mécaniques (DARWIN) et chimiques sur fleur et boutons.

Améliorer le résultat de la parcelle
En préambule, il est sans doute utile de rappeler que l’objectif de l’éclaircissage n’est pas juste de faire tomber des fruits mais, ce faisant, d’améliorer le calibre, la coloration et le retour à fleur, afin d’améliorer le résultat économique de la parcelle. Chaque parcelle, en fonction de son volume de végétation, de sa variété…, a un potentiel de production optimum. Si la charge est supérieure à ce potentiel, la rame de calibre risque de dériver vers le bas et/ou le retour à fleur d’être compromis. Si la charge est inférieure, les calibres seront trop gros et les rendements trop faibles. L’objectif est donc de se rapprocher le plus possible de cet optimum de charge, et cela le plus précocement afin d’avoir les effets positifs escomptés sur le calibre et le retour à fleur. Les éclaircissages tardifs, comme l’éclaircissage manuel réalisé après la chute physiologique, n’ont que peu d’impact favorable sur le calibre et aucune incidence sur le retour à fleur. C’est pendant la période qui va du stade bouton rose (DARWIN, PRM 12) à 30-40 jours après la floraison (BREVIS tardif à 20 mm) que l’éclaircissage peut permettre une régulation suffisamment précoce de la charge. Les interventions les plus précoces (DARWIN, PRM 12, ATS…) sont les plus bénéfiques pour le retour à fleur et le calibre ; ce sont également les plus risquées vis-à-vis du gel.

Moduler la sévérité de l’éclaircissage
Pour moduler la sévérité de l’éclaircissage, nous disposons essentiellement de 2 voire 3 leviers que sont le choix des produits, le nombre de passages et la modulation de la dose. Le stade d’intervention (pour un produit donné) a longtemps été considéré comme le facteur prépondérant sur la sévérité de l’éclaircissage, en considérant que les éclaircissants faisaient tomber tous les fruits inférieurs à un certain diamètre. Cette croyance a été démentie par de de nombreux travaux d’expérimentation qui montrent que, pour un produit donné, il existe une « fenêtre d’efficacité » de quelques jours (ou de quelques mm) pendant lesquels les conditions climatiques auront plus d’incidence que le calibre précis. Le nombre d’interventions reste donc le principal levier pour moduler la sévérité de l’éclaircissage. 3 interventions seront généralement plus efficaces que 2 interventions qui seront-elles mêmes plus efficaces qu’une seule. Pour ce qui est des produits, même si les comparaisons sont assez difficiles de part des périodes et des conditions d’utilisation qui ne sont pas les mêmes, on peut considérer que l’association BREVIS + 6BA est généralement plus efficace que BREVIS seul et que l’association ANA + 6BA ; eux-mêmes plus efficace que la 6BA seule, elle-même plus efficace que l’ANA. La modulation de la zone de traitement (fermeture des jets du bas ou des faces nord) est souvent pratiquée pour limiter la sévérité de l’éclaircissage sur les zones de la frondaison mal éclairées et ou mal nouées. Enfin, pour le BREVIS, la modulation de la dose peut faire varier (assez fortement) la sévérité de l’intervention. Nous le constatons lors des traitements 1 rang sur deux, avec une concentration de produit (BREVIS) plus importante sur les feuilles et les fruits des rangs de passage et une plus grande sévérité de l’éclaircissage sur ces rangs-là. Ce n’est pas ou beaucoup moins le cas pour la 6BA ou l’ANA.

Jean-Louis Sagnes, Chambre d'agriculture 82

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Très forte nouaison