Elevage

13 octobre 2023

 Progression de la MHE

La MHE Maladie Hémorragique Epizootique est une maladie infectieuse causée par un virus proche de celui de la FCO et transmise par des insectes piqueurs du genre Culicoïdes comme la FCO. Cette maladie n’est pas transmissible à l’homme et ne présente aucun risque sur le plan des denrées alimentaires. Elle affecte les ruminants sauvages (notamment les cervidés) et domestiques. Les signes cliniques sont très proches de la FCO. Elle se traduit cliniquement, chez les bovins, par de la fièvre, anorexie, œdème de la face et encolure, hypersalivation, lésions buccales, difficultés respiratoires et des boiteries (qui toucheraient entre 10 à 40% du troupeau avec une mortalité de moins de 1 %). Les petits ruminants, bien que réceptifs, ne présentent pas de signes cliniques.

Suite à la détection de foyers de MHE sur le territoire français (3 foyers dans les Pyrénées au 19/09/23), une zone réglementée (ZR) de 150 km autour des foyers a été mise en place. Depuis, de nouveaux foyers ont été détectés sur d’autres départements (Haute-Garonne, Ariège, Gers et Landes) ce qui a fait évoluer la carte de la zone réglementée. A ce jour, aucun cas de MHE n’a été recensé dans le Tarn-et-Garonne.

La MHE étant règlementée au niveau européen, les pays membres de l’UE ont fermé leurs frontières aux importations en provenance de cette zone dès l’apparition des premiers cas.

L’Espagne étant également touché, l’export est de nouveau possible à partir de mardi 10/10/2023 sous réserve d’absence de signe clinique des animaux sortants. Les discussions sont toujours en cours avec les autres pays (UE et hors UE).

Pour les échanges en France, la sortie de la zone réglementée est toujours possible à destination des abattoirs ou vers les élevages hors zone à condition d’une désinsectisation de plus de 14 jours suivie d’une PCR négative et un départ sous de moins de 7 jours. Les attestations de désinsectisation sont disponibles sur le site https://www.frgds-occitanie.fr/GDS-du-Tarn-et-Garonne

Il n’y a pas à ce jour de vaccin contre la MHE. La prise en charge des animaux malades repose sur un traitement symptomatique adapté par le vétérinaire selon la situation (anti-inflammatoire, antibiotique si nécessaire pour limiter les surinfections, drenchage pour les bovins n’arrivant plus à s’alimenter et s’hydrater, beaucoup de surveillance…). Une surveillance particulière doit être faite sur les résultats de reproduction (échographies par exemple).

Les mesures préventives pour limiter la propagation de la maladie repose, comme pour la FCO, par le traitement raisonné des insectes vecteurs. En effet il est important de penser aussi aux insectes pollinisateurs (ruches à proximité par exemple) qui pourraient être impactés par ces traitements.

N’hésitez pas à prendre contact auprès de votre vétérinaire ou de l’ALMA pour plus de renseignements.

ALMA 82


 

 Sanitaire : L’ALMA, un appui indispensable 
pour sécuriser les éleveurs

Jean-Philippe Viguié, président de l’ALMA a invité les éleveurs et les partenaires mardi 28 mars à la salle des fêtes de Saint-Amans, à Molières à assister successivement à la réunion du conseil d’administration puis à l’assemblée générale. Ces deux réunions ont permis de revenir sur l’activité sanitaire et Identification de l’année 2022, de faire un tour d’horizon des actualités sanitaires et d’évoquer les projets pour 2023. « Prévention globale, politique prophylactique générale et biosécurité sont les clés pour éviter tout accident de parcours. L’appui administratif et le conseil terrain que peut fournir l’ALMA aux éleveurs du département sont plus que jamais indispensables. » a déclaré le président, Jean-Philippe Viguié dans son rapport moral. Corinne Pichou, responsable administrative et technique de l’ALMA a présenté le bilan des actions sanitaires réalisées en 2022 et exposé les nouvelles orientations prises sur certaines maladies.

Avancer sur l’I.B.R.
En ce qui concerne les bovins, elle a notamment insisté sur l’I.B.R., dans la perspective du statut « France indemne » en 2027. Au 23 mars 2023, le Tarn-et-Garonne comptait encore 307 bovins positifs, a-t-elle précisé. « Il faut avancer sur l’I.B.R. » a souligné le président, alors que de nouvelles circulations sont constatées. Il a également été question de la tuberculose, pour laquelle une zone de surveillance est maintenue dans des communes limitrophes du Lot-et-Garonne. « La contention, c’est un sacré boulot ! » a témoigné Philippe Comte, trésorier de l’ALMA dont l’élevage est situé dans ce secteur. Il a été précisé qu’il n'y a pas eu de foyer sur le département durant l’année 2022. Toutefois « au niveau national, on n’est pas loin des 150 cas, et au-delà la France perdra son statut indemne. » Au titre de la section avicole, un point d’étape a été fait sur la situation Influenza aviaire dans le département qui a été concerné par quatre cas et également impacté par des foyers de départements voisins. La situation est en voie de normalisation en Tarn-et-Garonne. Plus généralement, c’est « le problème de la persistance durant l’été » qui suscite l’inquiétude. Il a été rappelé que l’adhésion à l’ALMA permet de bénéficier des aides du Conseil départemental sur les frais d’analyse, Influenza aviaire mais aussi Salmonelle.

Département et Crédit Agricole partenaires
Au titre des aides du Conseil départemental, Jean-Philippe Viguier a annoncé : « L’année prochaine, chose exceptionnelle, les éleveurs ne paieront aucun frais sur les analyses, déjà partiellement prises en charge les années précédentes, qu’ils réaliseront auprès du GIP Public Labos. » Outre l’engagement du Département en faveur de l’élevage, il a souligné celui de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées qui s’investit dans la « Caisse coup dur ». « Un partenariat qui a du sens. » a déclaré Corinne Gombao qui représentait Michel Parriel, vice-président de la Caisse Régionale, lors de la signature de la convention avec l’ALMA.

Dominique Forneris

 


 

 Palmipèdes gras - influenza aviaire :
 Des éleveurs soumis à une violence économique et psychologique

« C’est très bizarre ! » Tristan Cordier montre les étagères quasiment vides du local où sont entreposées les conserves de foies gras et autres préparations à base de canard gras. En ce 13 décembre, à l’approche des fêtes de fin d’année, elles devraient être bondées.  « Normalement, demain devrait être notre plus grosse journée de l’année. » Mais cette année, rien n’est normal. Les parcours sont pleins d’herbe, quelques moutons y ont pris la relève des canards ; les bâtiments d’élevage loin d’être remplis. Il a quand même pu rentrer 1 100 canetons d’un jour, 300 fin novembre, 800 la veille de notre rencontre, en provenance d’un couvoir situé en Vendée où il se sert habituellement, « avec laisser-passer, rentrer des canards c’est administrativement très compliqué ». Ils seront prêts au printemps. Si tout va bien. Car dans 28 jours, des analyses devront être faites sur les derniers arrivés et si un écouvillon s’avère positif, ils devront tous être abattus. « Tout peut s’arrêter du jour au lendemain, il y a une inquiétude quotidienne, une violence psychologique. »

Tristan Cordier travaille avec ses parents et son oncle. La Ferme de Péchevy, située à Monclar-de-Quercy élève, transforme et commercialise 4 000 canards. Cette année, il leur manque 2 900 canards qui auraient dû rentrer entre juin et août. Le calcul est simple : ils ont perdu 70% de leur chiffre d’affaires. « On ne sera probablement jamais indemnisé. Les élevages des zones indemnes sont exclus des dispositifs d’indemnisation. » Il n’y a pas eu d’abattages durant 9 mois, le stock est épuisé. Leur mode de commercialisation en vente directe les amène à recevoir de nombreux appels téléphoniques pour des commandes : « Les clients ne sont souvent pas du tout au courant de notre situation. Ils voient les supermarchés pleins de choses qui viennent de l’étranger, pensent que la grippe aviaire est finie. Et après avoir reçu les explications, ils sont tristes pour nous et pleins de regrets car il y a une association très forte entre le foie gras et les fêtes. »  

Filière menacée

Lui qui est président de l’AVP 82, l’association des éleveurs de palmipèdes gras et bien qu’elle soit actuellement « en dormance à cause de la violence de la crise », conserve une attention et une vision collective sur la situation tarn-et-garonnaise : « Je prends le temps de dire que la situation est très compliquée pour les éleveurs. » Il fait référence aux investissements réalisés pour les mises aux normes liées à l’influenza aviaire, « beaucoup ont emprunté ».  Il relate une estimation qui fait état de 50% de mises en place réalisées de mai à septembre, « les mois où l’on met en place pour les fêtes » et sur ces 50 %, il y a une part non négligeable de canettes : « Les gens sont désespérés, certains ont pris ce qu’ils ont trouvé pour ne pas perdre leurs clients. Le foie des canes est rouge, innervé et plus petit, le gavage marche plus ou moins bien. » Et de résumer le contexte tarn-et-garonnais pour les fêtes : « Il n’y en aura peut-être pas pour tout le monde ou pas forcément de la qualité voulue. »

Il regrette que les couvoirs aient été laissés libres de s’organiser à leur guise : « Ils ont servi prioritairement les gros industriels ou choisi de faire des rotations. Il y a des éleveurs qui ont eu zéro rentrée, d’autres une puis plus rien. En Tarn-et-Garonne, nous sommes 80% à être des petits producteurs indépendants, nous n’avons pas la possibilité de négocier. » Il explique que les couvoirs ont maintenant retrouvé un rythme de production presque normal mais que, du fait de la multiplication des zones réglementées en raison de la multiplication des foyers, ils peinent désormais à vendre leur production.

Il attend que la vaccination, dans laquelle il met beaucoup d’espoir, soit ciblée prioritairement sur les couvoirs et ajoute : « il faut que l’Etat prenne des mesures pour protéger les six sites encore plus sensibles d’élevage de grands-parentaux ».

Tristan s’inquiète aussi pour l’avenir de la filière du département. « Le renouvellement des générations est arrêté net. Quel jeune va vouloir s’installer avec une production si aléatoire, dans une folie pareille ? » Lui-même, âgé de 27 ans, déplore de n’avoir « même pas le luxe de se poser la question de son avenir ».

Dominique Forneris